Agnès de Dieu (1985) Norman Jewison : Crise de Foi

Aujourd’hui, Agnès de Dieu prendrait deux chemins possibles : celui d’un film oscarisable ou d’une oeuvre choc, vu la tendance actuelle à se jeter sur les dossiers de l’Église ; le tout avec une promo insistant sur la probable véracité de l’histoire. En 85, Jewison en livrait un film certes académique qui échappa curieusement à la rafle habituelle des Oscars (Meg Tilly était pourtant toute désignée pour une nomination) mais dont le trouble est suffisant pour qu’on puisse y jeter à nouveau un coup d’oeil. Et surprise, seul le brushing de Jane Fonda est dépassé. 
Dans une atmosphère d’épouvante froide, la jeune Soeur Agnes est retrouvée un soir d’hiver dans sa chambre, ensanglantée et évanouie. Alors qu’on l’emmène à l’hôpital, la mère supérieure découvre le corps d’un bébé inerte dans la pièce. Amenée sur l’affaire, le docteur Martha Livingston doit juger la santé mentale de la jeune fille avant son passage au tribunal. Une hystérique de plus ? Pas si sûr…
Au meurtre de l’enfant, il faut alors parcourir l’idée de miracle : Agnès se proclame innocente (donc vierge) et n’avait pas conscience  – selon elle – de son état. Sans compter les stigmates qu’elle porte à ses mains. À cette âme délicate et fragile, Martha devra se confronter à la mère supérieure, irritée par la prétention de la médecine face à la pureté de sa protégée. Les trois jeunes femmes devront alors détacher croyance et réalité, et revenir chacune d’entre elles sur leurs blessures respectives. 

Aborder un tel sujet mène à des pistes innombrables : face à face psychologique façon Equus ? Whodunit façon thriller ? Film fantastique ? Film de procès ? Jewison les embrasse toutes, quitte à laisser derrière lui certains éléments. Le ciment de cette course aux miracles brille sur l’affiche du film : c’est le trio Jane Fonda, Anne Bancroft et Meg Tilly, toutes merveilleuses.

Confronter la médecine à la religion c’est bien sûr jouer sur la corde sensible et le film aurait dû révéler la tentation de se conforter à l’un des deux camps : bonjour les cathos psychotiques et la psycho vérité, ou serrer la main à la gloire de Dieu et cracher sur Freud. Malin, Jewison joue sur l’ambiguïté, en particulier à travers le personnage de la Mère Miriam, tantôt sur la défensive, tantôt encline à dévoiler les aspects les plus tendres ou les plus fébriles de sa personnalité (rafraîchissant tête à tête où les deux femmes imaginent les Saints accroc à la nicotine !).
On se rappelle que bien des années plus tard, l’intriguant L’exorcisme d’Emily Rose, étonnant mélange de film de possession et de procès, en reprit certains mécanismes (le rationnel contre le surnaturel) pour mieux berner le spectateur sans grande conviction dans le dernier tiers. On lui préfère le mystère ici présent, relevé subtilement par le lyrisme du score de George Delerue, admirable comme à son habitude.

                                      

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