Les Sorcières (1990) Nicolas Roeg & Hocus Pocus (1993) Kenny Ortega : I Put A Spell On You

Lorsque la comédie fantastique avait bon dos, il y avait de quoi piocher à Hollywood dans tous les bestiaires possibles : par exemple côté balais et grimoires on a pu croiser pèle-mêle Les Sorcières d’Eastwick, Ma belle-mère est une sorcière, Les malheurs d’une apprentie sorcière, Elvira maîtresse des ténèbres…ainsi que les deux rejetons concernés ici, davantage tournés vers un public familial. Et à l’inverse des titres évoqués, ils en viennent à l’image primaire de la sorcière, à savoir à celle, fatale, des vieilles moches croqueuses d’enfants. Quoi de mieux que de viser nos chères têtes blondes lorsqu’il s’agit de mettre en pratique des concepts certes enfantins, mais aussi particulièrement inquiétants.

Premier arrivé, premier servi, The Witches est l’adaptation du livre éponyme de Roald Dahl Sacrées Sorcières : aux commandes, l’inattendu Nicolas Roeg tâte du terrain, alors en plein essoufflement artistique. Difficile d’imaginer un amateur de la décadence visuelle ayant contribué avec Ken Russell à l’émergence d’un cinéma anglais furieux et libre !

Toujours fourré entre les jupes de sa grand-mère, le petit Luke écoute avec fascination ses mises en gardes contre les sorcières, qui peuplent le monde à l’insu des humains. Le regard pourpre et la perruque alerte, elles constituent une menace permanente pour les enfants du monde entier. Après la mort de ses parents, Luke et sa grand-mère partent changer d’air dans un hôtel au bord de la mer…où viennent séjourner quasiment toutes les sorcières d’Angleterre, la chef suprême en tête.
Constat ? Roeg adapte fidèlement Dahl mais se laissera piéger au détour d’un épilogue définitivement optimiste à l’inverse de celui, plus ouvert, du livre. L’essentiel est de retrouver la noirceur mordante de l’auteur, qui avait magnifiquement saisit toute la portée cruelle et merveilleuse des contes traditionnels. Sous couverts d’organiser une réunion contre la violence envers les enfants (triste ironie), des mégères des quatre coins de l’Angleterre dévoilent leur crâne rongé et leurs dents pourries à la terrible sorcière chef, dont le complot vise à  transformer tous les garnements de ce bas monde en souris pour mieux faciliter leur extermination ! La solution finale…avec une pincée de magie…
On regrette une seconde partie plus redondante (transformé en souris, Luke doit aller d’une pièce à une autre pour tendre un piège aux infâmes créatures) et une mise en scène anachronique à souhait : bien que son obsession des montages parallèles fasse profil-bas, Roeg filme encore comme dans les 70’s, alignant grand angle, zoom, caméra à l’épaule ; et ce n’est pas loin d’être franchement laid, tout en amplifiant étrangement le malaise ambiant. 
Mais les personnages de Mai Zetterling (la meilleure mamie du monde, tout simplement) et de Angelica Huston assurent le spectacle en opérant un contraste magique. Avant d’enfiler la robe de Morticia, Huston y fait déjà un détour fracassant par la comédie fantastique et se lâche outrageusement dans un numéro de connasse hautaine, monstrueuse (attendez de voir son véritable visage…), arrogante, scandaleuse, sadique : du quatre étoiles.
De l’autre côté de l’atlantique, et trois ans plus tard, c’est Disney qui met la main à la pâte durant une année où les films live du studio florissaient sans précédent (on compte Le Noël des Muppets, Les aventures d’Huckleberry Fin, Rasta Rockett, Les trois mousquetaires, Kalahari…). Les intentions sont louables (et dans le cas des titres cités, ça fonctionne !) mais Hocus Pocus est loin, très loin du charme des productions fantastiques Disney du début des 80’s : sans doute trop craintif à l’idée de se voir certifier des PG-13, le studio joue la carte de la comédie hystérique et puérile, histoire de s’en tirer à bon compte. Là où Dahl assumait la noirceur parfois inquiétante de son propos (comme l’idée de ces enfants ensorcelés enfermés à jamais dans des tableaux), Hocus Pocus dissimule sans ménagement ses aspects les plus sombres (on parle bien d’enfants capturés et tués par trois sorcières, plutôt délicat donc).
Ressuscitées un soir d’Halloween par un ado trop préoccupé à crâner pour impressionner sa petite soeur et la fille sur laquelle il a craqué, trois soeurs-sorcières viennent arpenter les rues de Salem dans l’espoir d’aspirer suffisamment d’énergie vitale pour retrouver leur jeunesse. Rondement mené par Bette Midler, Sarah Jessica Parker (pas encore prête à croquer dans la grande pomme) et Kathy Najimy (une des bonnes soeurs fofolles de Sister Act), le résultat amusera les moins exigeants (les nostalgiques 90’s ou les enfants, au choix), les trois actrices grimaçants et gesticulant de concert sans trop se soucier si le résultat est drôle ou pas.

Mais au delà des scories gênants (une approche fatalement trop mièvre), le cadre de la Toussaint offre une atmosphère et des idées rafraîchissantes (dont une reprise de I Put a spell on you au milieu d’une fête et un zombie burtonnien incarné par la futur mascotte de Guillermo Del Toro, Doug Jones !),  clairement relevées par les FX de ILM. Plus de poésie (comme l’appel nocturne de la sorcière Sarah) n’aurait pas été de trop : au final, ça habillera sans trop de soucis les soirées Halloween de Disney Channel…

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