High Spirits (1988) Neil Jordan : Le Songe d’une nuit irlandaise

Au premier abord, le background d’High Spirits découle vraisemblablement du filon fantômatique largement occupé à l’époque par Beetlejuice et SOS Fantômes (citons également durant la même période les très inégaux Fantômes en Fêtes ou Nuits de Noces chez les fantômes) : mais que Jordan ait eu l’idée de surfer sur une mode ou pas n’empêche guère des intentions plus classiques, lorgnant davantage vers René Clair (Ma femme est une sorcière et Fantôme à Vendre en tête)  Boudé par le public et la critique, le film est retourné dans les limbes d’où il était probablement venu…
Continuation de l’oeuvre de Neil Jordan en terre irlandaise, High Spirits est aussi le mariage de deux facettes de sa filmographie : l’humour et le fantastique. Dans le domaine de l’étrange, Jordan a toujours su aborder avec une verve sans pareille des thèmes dits poussiéreux (disons folkloriques), tels que les loup-garous, les vampires, les sirènes, et ici les spectres. Mais mieux encore, il aborde dans High Spirits la face traditionnelle et ignorée de l’empire des fantômes : celles des châteaux hantés, perdus dans lande, et devenus au préalable de vrais pièges à touristes !
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Inspiré par des brochures attrapes-couillons, il en livre sa propre version des faits en mettant la demeure familiale d’un Peter O’Toole en péril. Ruinée après avoir transformé son château en hôtel humide, Sir Plunkett transforme alors l’édifice en fausse foire aux fantômes, déguisant ses compagnons d’infortunes pour mieux berner des touristes américains en mal de sensations. Quelques catastrophes plus tard, les clients découvrent la supercherie et font leur valise : sauf que les véritables fantômes, eux, vont se manifester et ne sont pas prêts de les laisser filer.
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Le décalage culturel et géographique s’accompagnent alors d’un joyeux bordel surnaturel, visant régulièrement le vaudeville et la folie potache. Au milieu des touristes dont les cheveux ne tardent pas à se dresser sur la tête, il faut compter un couple en crise se bousculant à deux autres tourtereaux, bien morts quant à eux, et vivant leurs noces sanglantes tous les soirs ! Face à un Liam Neeson rouquin en psychopathe éternel, Daryl Hannah joue de sa pudeur et de sa sensualité auprès d’un mortel très apte à découvrir la nécrophilie à tendance ectoplasmique ! Fantôme soyeux, noyée dans une complainte sans fin, son personnage de mariée tragique opère un somptueux contraste avec la folie ambiante…
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High Spirits n’est donc pas d’une grande finesse mais on s’amuse plutôt deux fois qu’une : mieux encore, c’est souvent toute la partie fantastique qui l’emporte régulièrement, avec un Jordan soucieux d’offrir avant tout un superbe livre d’images ; décors somptueux d’Anton Furst, score bondissant de George Fenton, apparitions variées et spectaculaires (morts-vivants, esprits malins, nonnes vengeresses, bus volant, théâtre vorace…). On pourrait longtemps cogiter sur le fait que Jordan n’ait pas eu le final cut (quelques rares informations et photos de tournages semblent faire état des scènes subtilisées, qu’on ne verra peut-être jamais), mais le plaisir lui, est bien là.

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