Appel D’urgence (1988) Steve de Jarnatt : Voyage au bout de la nuit

Ce que ces dernières années nous ont appris au cinéma, c’est que l’apocalypse pouvait enfin se passer de gros sous et de scènes de destruction massive pour se parer d’une intimité parfois plus sensible, et souvent plus brûlante encore. Sans compter que la mode est aux virus, éloignant à présent le spectre du nucléaire, amplifiant la peur de l’autre et la dégénérescence physique…

À une période où une certaine bombe faisait encore frémir, Miracle Mile s’extirpe – non sans risque – d’un schéma pré-construit comme pouvait en témoigner les trois grandes fresques post-nuke des 80’s, à savoir The day after, Testament et Threads. Plutôt que de taper dans le film choral morbide (où le but était de se focaliser sur des destins renversés par l’apocalypse), Miracle Mile unit deux coeurs battant au mauvais endroit et au mauvais moment. Le ton, plus aérien que tragique, ne ressemble alors à rien de connu.

Appel d’urgence est le chant de la fin d’une civilisation : par malice, les premières images prennent place dans un musée d’histoire naturelle, où deux silhouettes se frôlent au milieu des fossiles, remontant le cours de la création alors que les synthés de Tangerine Dream étincellent. Harry et Julie, comme tant de personnes avant eux, et comme tant de protagonistes de comédie romantique, ont un authentique coup de foudre. Miracle Mile creuse d’ores et déjà sa singularité : atmosphère à la fois alerte et planante, casting anti-glamour…

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Suite à un effet papillon malencontreux (provoqué par une simple cigarette !), Harry se réveille trop tard et zappe son rendez-vous avec sa conquête : arrivant tant bien que mal sur les lieux, il reçoit un appel déstabilisant dans la cabine téléphonique qu’il occupe ; un homme annonce l’arrivée de missiles nucléaires sur L.A dans soixante dix minutes. Mauvaise farce ou vérité explosive ? Paniqué, Harry avertit quelques noctambules bigarrés arrachés à une peinture de Hooper, et la tension monte…
Voilà notre héros paumé au beau milieu de la nuit, dans un L.A désert qui en redeviendra sans doute un dans une heure et des poussières. Au risque de nager dans les cendres, le jeune homme part retrouver sa belle.

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On ne sait pas si l’idée était de décliner une oeuvre proche de After Hours, une autre ballade nocturne qui se reposait sur une série de personnages décalés, mais on pense rarement au cauchemar fiévreux de Scorcese : à vrai dire, on ne pense à rien d’autre. Steve de Jarnatt nous confronte à un rêve nébuleux, ne manquant ni d’humour, ni de violence, ni de perspicacité (des personnages homos intégrés naturellement au récit). Si son Cherry 2000 – néanmoins sympathique – était un post-nuke qui ne cassait pas des briques, Miracle Mile fut un éclair de génie dans la carrière de son réalisateur, dont ce sera hélas le dernier film. Même son budget de série b ne diminue absolument pas les images plus obsédantes (une horloge tournant inlassablement dans la nuit, les rues vides de L.A, un palmier en flamme…) de cette amourette au bord du gouffre.

« You and me Harry…Diamonds… »

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