3615 Code Père Noël (1989) Rene Manzor : Le Père Noël est (vraiment) une ordure

  
« Tous les enfants croient au magique, et ils ne cessent de le faire qu’en grandissant, à l’exception de ceux qui ont été trop déçus par la réalité pour en attendre des récompenses » 
 Bruno Bettlheim
 
C’est sur cette phrase que s’ouvre 3615 père Noël, avant de faire une transition avec un snowglobe écrasé par un camion poubelle : pas de doute, il s’agira bien d’un conte sur la désillusion, et plus particulièrement celle liée au mythe du Santa Claus. Alors que son nom n’inspire que des titres franchement alarmants dans le cinéma de genre hexagonal (Le Passage et Un amour de sorcière, dur dur…), Rene Manzor est bel et bien allé au bout d’une démarche aussi audacieuse que risquée en démantelant la féerie du bon vieux barbu distributeur de cadeaux. Excepté que les intentions s’éloignent du slasher, qui avait déjà écorché le sujet avec Christmas Evil ou Douce Nuit, Sanglante Nuit.
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Le père Noël incarne une autre négativité. Bien avant les notions de Liberté, d’égalité et de fraternité, la société impose à l’enfant, via le père noël, la notion de mensonge. Le père Noël est un dieu crée de toutes pièces, véhiculant des valeurs malsaines, et destiné à être crucifié à une certaine date. Il représente le premier instrument de manipulation en même temps qu’un premier contact avec le merveilleux.

Rene Manzor
 Chose plus étonnante encore, Manzor brûle la priorité à Maman j’ai raté à l’avion en mettant déjà un petit garçon en situation hostile un soir de Noël, le forçant à faire appel à sa propre imagination et à sa malice pour sauver sa peau. Hors, si le film de Colombus jouait la carte de la rigolade sucrée, Manzor n’a aucunement envie de faire sourire son auditoire.
Né avec une cuillère d’argent dans la bouche, le petit Thomas vit sur une montagne de jouets au coeur d’un gigantesque château reculé, entouré de son attendrissante mère et d’un adorable grand-père. Petit prince de l’informatique (et du mulet), il espère encore surprendre le père noël lors de sa descente de cheminée annuelle. Mauvaise nouvelle : ce soir là, c’est un psychopathe qui descend du ciel distribuer des cadeaux par milliers…
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L’idée de mettre en avant un gosse parfait galvanisé par la consommation (même sa mère travaille au Printemps et ne lui refuse rien !) n’a rien d’un hasard pour Manzor : il est la victime parfaite du 24 Décembre, le croyant indéboulonnable. Et la chute n’en sera que plus grande.

Autant le face à face que le personnage de Thomas s’appliquent à se calquer sur le premier Rambo, crème du Survival : mais là où 3615 code père Noël frappe fort, c’est que jamais son petit héros n’est décrit comme un surhomme en culottes courtes, qu’on imagine déjà occire son boss de fin en adressant un clin d’oeil face caméra. Dès la première apparition du père noël (incarné par un de nos fameux doubleurs français, Patrick Floersheim), Thomas brille par sa fragilité et se trouve envahie par une terreur toute enfantine. La même qui lui fera d’ailleurs couler de bien nombreuses larmes : c’est dire si l’impression d’un cauchemar prenant subitement vie colle à la peau de cette course-poursuite, dont les décors gothiques et démesurés semblent être le fruit d’un chérubin fiévreux trop nourri à Grimm et Perrault.

Si les carences du budget s’affichent peu glorieusement de temps à autre (l’utilisation très voyante de maquettes), la noirceur et la tristesse du métrage tiennent encore en joue. Un vrai survival déguisé en conte dément, faisant fusionner les merveilles et les terreurs de l’enfance.

« Maman, tout est de ma faute : j’ai voulu voir le père Noël »

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